A l’encre de Chine… (partie 2)

2 Mois en Chine ! Les voyageurs que nous avons récemment croisé nous ont regardé avec des yeux ronds en l’apprenant… Ceux qui n’y sont jamais allés nous ont fait part de leur craintes (le plus souvent fondées !) et ceux qui en reviennent nous ont trouvé bien persévérants. Si plusieurs fois la Chine et ses habitants nous ont bousculés, déstabilisés, surpris, c’est tout de même une AVENTURE que l’on recommande chaudement.

Déjà, parce qu’il n’y a pas qu’une Chine ! Dans ce pays immense, nous avons vécu plusieurs voyages en un : au fil des rails, nous sommes passés du froid sec du nord à la chaleur humide du sud, nous avons traversé des rizières, des lacs et des jungles, dansé sur le toit d’une mégalopole, médité dans des montagnes isolées, et rencontré des visages, des teintes de peaux et des couleurs de tenues traditionnelles si différentes.

Ensuite, parce que où que l’on soit, le dépaysement est complet. Il faut sans cesse questionner nos façons inconscientes de faire, et encore plus qu’ailleurs, être à l’écoute des habitudes locales pour partager des moments de vie avec les habitants. Nous avions conclu notre premier article sur la Chine, balancés entre la fascination et l’épuisement… alors que nous venons de passer épuisés la frontière sino-vietnamienne, c’est avec un regard fasciné que nous  nous remémorons nos souvenirs chinois !

La seconde étape de notre tour de Chine commence par un heureux concours de circonstances. Un détour inopiné sur le site swingplanit et nous découvrons qu’un festival de Lindy hop se déroule à Shanghai dans 10 jours. Un bref regard complice et quelques emplettes vintage plus tard, nous voici hébergés chez la merveilleuse Zsofi, une jeune hongroise, professeure d’anglais à l’université, qui met les petits plats dans les grands pour nous choyer tout au long du grand week-end swing. Nous rencontrons des expatriés occidentaux, des sino-étrangers en vacances (beaucoup d’américains), et bien sur des danseurs chinois locaux, débordants d’énergie. Nous sympathisons notamment avec Lem, une danseuse d’origine indienne expatriée depuis prés de 15 ans en Chine. Les échanges sont nombreux et riches, grâce à elle nous adoptons notamment un autre regard sur le contrôle des naissances dans les grands pays en voie de développement (un seul enfant par couple en ville en Chine).

La scène swing chinoise est très dynamique, les danseurs/euses sont jeunes et doués et s’attèlent à développer le lindy hop en Asie. Pour ceux de notre entourage qui se demande encore ce qu’est le lindy hop (est-ce possible ?), voici justement une chouette vidéo réalisée par Xenia, productrice fofolle de show TV, rencontrée au détour d’un swing out. Nous terminons ce stage en beauté au son d’un excellent jazz band, sur la luxueuse piste du dernier étage de l’hôtel Marriot de Shanghaï. Pour la dernière nuit en ville, nous sommes super contents de retrouver Anaïs et Capucine, les deux étudiantes françaises rencontrées sur la grande muraille (si vous n’avez pas lu notre 1er récit chinois, c’est ici), dans leur appartement fancy, autour du fabuleux bol de nouilles de quartier !

Nous voilà de nouveau dans notre couchette de train de nuit (plus nous descendons vers le sud et plus la propreté se dégrade, à moins que notre seuil de tolérance ne s’effrite?) direction la région de Guilin, plein sud dans le Guangxi, dont on nous a dit le plus grand bien. Nous débarquons sous la pluie dans les fameuses rizières du dos du dragon, un ensemble de villages montagneux où vivent plusieurs ethnies, qui tirent désormais davantage de revenus du tourisme que de la culture du riz produit uniquement pour leur propre consommation. Nous dégotons un village relativement préservé qui se mérite, puisqu’il nous faut grimper 45min sous une pluie battante à travers les plantations en suivant le rythme soutenu des femmes porteuses, pour rejoindre une auberge de jeunesse perchée à flanc de montagne avec une vue imprenable sur les rizières.

Nous restons 3 jours sur place, à randonner sur les sentiers glissants et à contempler les panoramas de rizières noyées dans la brume qui dégage une atmosphère hors du temps un peu particulière. Nous sommes impressionnés par cette prouesse architecturale plusieurs fois centenaires que les minorités locales s’échinent jour après jours à entretenir et par leurs traditions : par exemple les femmes Miao qui laissent pousser leurs magnifiques cheveux noirs et lisses jusqu’aux chevilles en signe de longévité et de richesse (au quotidien elle les porte en chignon relevé sur la tête sous un fichu bariolé). Nous longeons ensuite le paisible fleuve Li, et peu à peu les rizières de montagne laissent la place aux étonnants pics karstiques (sorte de collines abruptes recouvertes de végétation luxuriante).

Comme il pleut toujours, nous consacrons une journée à une visite commentée du marché local enchainée avec un cours de cuisine. Nous pourrons donc vous concocter à notre retour : dim sun  (raviolis vapeurs), wok de poulet aux noix de cajou et autres aubergines sautées au soja. Une fois le soleil revenu, nous déambulons en tandem à travers la forêt de pics, en fuyant consciencieusement les hordes de touristes chinois qui s’agglutinent sur des radeaux de bambous le long des 2km de rivières alloués à cet effet ! Les photos parlent d’elle même : le paysage est sublime.

28h de train plus tard, nous rejoignons, Kunming, la capitale du Yunnan – cité de l’éternel printemps – où ma foi, il fait très beau. Nous ne nous laissons pas stresser par les multiples contrôles de sécurité à la gare (voila pourquoi), et nous filons à l’ambassade du Vietnam pour déposer notre demande de visa. Les deux jours nécessaires à son obtention nous permettent de flâner dans les parcs et de profiter des restaurants de la ville, très agréable à vivre.

Décrété fleuron du tourisme national, il nous tarde de découvrir davantage le Yunnan et ses multiples minorités. Dans le train qui nous emmène à Lijiang un jeune Han (ethnie largement majoritaire en Chine), nous dit que « pour les chinois, se rendre dans le Yunnan c’est comme voyager dans un autre pays ! » . C’est d’ailleurs avec ce jeune homme, banquier à Shanghai, que nous avons pu, pour la première fois, ne serait-ce qu’effleurer un sujet politique, à savoir : « C’est vrai qu’au Tibet, les gens sont moins riches qu’ailleurs » nous dit-il.  OULALALA !!! Pendant nos 2 mois en Chine, aucun des chinois que nous avons rencontré, pas même un des swingeurs polyglottes de Shanghai, n’a évoqué les révoltes en cours à Hong Kong ou encore le récent tour de vis du gouvernement contre la liberté d’expression (merci Courrier International !). Ne voyez pas dans ces lignes un jugement de valeur, mais seulement le constat qu’aujourd’hui en Chine il n’y a pas la place pour ce type de discussion (en public en tout cas).

Revenons à nos moutons. C’est bien en troupeau que nous avons découvert la ville de Liljiang, considérée comme la « petite Venise asiatique ». A notre avis, la ville pourrait avoir beaucoup de charme avec ses canaux et ses maisons traditionnelles, si elle n’était pas réduite à une enfilade de boutiques de souvenirs tous identiques, fréquentées par un flux incessant de touristes chinois consommateurs effrénés (20 millions de visiteurs à l’année!) qui, jamais fatigués, s’essayent e soir pendant des heures à la chanson larmoyante dans des restaurants karaoké en plein air, ce qui n’a pas manqué de nous faire fuir en moins d’une journée !

Nous choisissons délibérément une destination bien plus calme, un lieu difficile d’accès : le lac Lugu. Pour faire simple, c’est notre coup de cœur chinois ! Certes, la pépite se mérite (9h de minibus), mais coincé entre les montagnes du Sichuan et du Yunnan, aux portes de l’Himalaya, sur des terres historiquement tibétaines (la culture tibétaine était bien plus étendue que ce que laisse à penser les frontières géographiques actuelles), ce lac d’un bleu pénétrant perché à 2700m ne peut laisser personne indifférent.

Nous y passons 3 jours extraordinaires, subjugués par les reflets de la lumière et des montagnes sur le lac.  Le contraste entre la grande sérénité qui règne autour du lac et l’agitation permanente des villes touristiques du Yunnan est saisissant. Nous sommes comblés ! Nous consacrons une journée entière à un tour du lac en scooter électrique (panne de batterie comprise), ce qui nous permet  d’aller à la rencontre de l’ethnie locale, les Mosu, qui forme une société plutôt originale… une société matrilinéaire (une des dernières au monde) ! Dans ces villages, les femmes sont au centre de la famille, le mariage n’existe pas et il n’y a pas de paternité dans le sens où nous l’entendons. Plus clairement, les familles sont constituées de fratries, les amoureux ne vivent pas en couple mais chacun dans sa fratrie d’origine. Les enfants sont rattachés à la fratrie de la mère (oncles et tantes) pour y être élevés par les hommes et les femmes qui la compose. Un homme élève donc les enfants de sa sœur mais pas ses propres enfants biologiques. La naissance d’une fille est cruciale car elle permet la continuité de la lignée. Vous vous doutez bien que ça a passionné Gg !

Nous poursuivons notre découverte des ethnies à l’occasion du marché de Shaxi, un ravissant village de l’ancienne route du commerce des thés et des chevaux (Point culture/question Tatane : cette route moins connue que la route de la Soie mais tout aussi importante pour les échanges commerciaux et culturels faisait 2600 km à travers la Chine, le Tibet, la Birmanie et l’Inde). Le marché du vendredi est incroyable, tous les paysans et paysannes des villages alentours se retrouvent pour vendre, acheter et échanger dans leurs magnifiques tenues traditionnelles. Les couleurs flamboient, les fruits et légumes brillent, les poissons frétillent et les épices embaument. Il y a peu de touristes, nous sommes ravis.

Shaxi est aussi le théâtre d’une soirée OVNI :

1) Dans notre auberge, une gentille touriste chinoise nous propose de partager les frais pour organiser un concert de musique traditionnelle locale, sans plus de précisions. Le prix est raisonnable, elle est sympa, on dit oui. A 19h, nous nous retrouvons conviés par un imprésario retraité (s’il vous plait!) dans une arrière cuisine d’un restaurant de rue, entourés de 10 musiciens (moyenne d’âge 80 ans) en tenue traditionnelle, pour un show case privé d’une heure d’une musique ancestrale sans partitions jouée avec des instruments en bois notamment un avec une tête sculptée de cheval… Malgré la sonorisation catastrophique (on entendait les clients manger et les serveurs ranger la vaisselle !) et l’exiguïté du lieu (pas plus de 10m2), le résultat est surprenant et nous vivons un moment magique.

2) Affamés, nous tombons ensuite par hasard sur un restaurant absolument improbable dans ce village chinois de montagne : un restaurant de cuisine gastronomique italienne végétarienne et biologique, réalisé en « live kitchen » autour d’un bar de 10 couverts. C’est un peu hors budget, mais nous n’hésitons pas une seconde. Le résultat dépasse nos attentes les plus folles : macaronis aux champignons sauvages, velouté de citrouille au pesto et plateaux de fromages maisons accompagnés d’un sauvignon portugais de dessous les fagots.

3) Repus, nous sortons du restaurant, et là, c’est le drame. La ruelle pavée n’est pas éclairée, Gg trébuche, glisse sur la marche et s’affale (lentement mais surement). Elle se relève souriante mais blanche comme un linge, et s’affale aussitôt : malaise vagal ! Grand grand moment de solitude pour Fg : on est quand même perdus au fin fond de la montagne chinoise, les locaux dorment depuis 2 bonnes heures et les souvenirs de premiers secours sont déjà bien loin… Quelques secondes, gentilles claques (ben voyons!) et jambes surélevées plus loin, ouf, Gg se réveille.

Après avoir rayonnés dans la campagne de Shaxi en VTT (et par la même occasion croisés quelques araignées multicolores dont on se souviendra longtemps), nous migrons vers Dali. Autre ville phare du Yunnan, posée au bord d’un lac de montagne, Dali a du charme. Les pavés des ruelles de la vieille ville sont là aussi piétinés par les groupes de touriste chinois à longueur de journée, mais une atmosphère plus paisible qu’à Lijiang s’en dégage. Entre ballade à vélo au bord du lac, randonnée dans  la montagne voisine (3000m tout de même), et petit déjeuner à la « Bakery 88 », nous prenons du bon temps sous le soleil.

Notre visa expirant dans quelques jours, nous filons au sud! Nous faisons une halte trop courte à Jianshui, très jolie ville peu touristique où nous notons une fois de plus à quelle vitesse tout évolue en Chine : toutes les informations de notre guide de voyage numérique sont obsolètes et les conseils de blogueurs déjà dépassés. Une fois de plus, nous nous en remettons donc à notre intuition…

Notre dernière étape chinoise valait vraiment le détour : Yuanyuang et ses merveilleuses rizières en terrasse ! La vie dans ce village est très chouette. Les tenues des femmes des ethnies locales pourraient inspirer de grands créateurs de mode. Gg passe une soirée à suivre tout sourire la chorégraphie quotidienne des femmes sur la grande place ! Et notre dernier repas chinois est à la hauteur de la cuisine du Yunnan puisque nous nous régalons sur un stand de rue un peu cra-cra d’un bol de nouilles de riz fabuleux ! Cette fois ci, le soleil est au rendez-vous et ses rayons diffuse tout au long de la journée une lumière qui reflète différemment sur les rizières : ton froid au lever du soleil (palette bleu, blanc, gris) puis de plus en plus chaud jusqu’au coucher du soleil (vert à midi, jaune à 15h pour virer au rouge/rose avant la pénombre). Nous passons la journée à suivre le soleil, guidés par notre hôte locale, Belinda, et notre compagnon de voyage du jour, Guillermo, un italien fort sympathique. Notre appareil photo ne nous quitte pas de la journée, nous ne pouvions pas espérer plus beau paysage pour dire au revoir à la Chine !

  2 comments for “A l’encre de Chine… (partie 2)

  1. Dédé
    15 décembre 2014 at 6:15

    Hello,
    Je voie que le niveau des photos augmente sérieusement ! Ou que les paysages vous inspirent. Il y a de superbes clichés. Merci pour le récit ! Bisous
    Envoye de mon iPad Air 2 … Ahahaha

    • Gg et Fg
      19 janvier 2015 at 7:03

      Merci DD, on commence à bien gérer l’appareil et c’est vrai que les paysages chinois nous ont bien inspiré… Peut-on pour autant espérer enter dans la compét’ familiale pour le safari (malgré les écarts flagrants de niveaux de matériels)… l’oeil du photographe fera peut être la différence ! :)
      Envoyé de notre Mac book Air… Ahahaha

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