En thaïlleur…

Le nord de la Thaïlande : du mètre à mesurer au maître à méditer.

Tout commence dans un aéroport ultra moderne où l’on croise simultanément des moines bouddhistes en robe orange, des cheikhs du Golfe en keffieh, des femmes d’Afrique subsaharienne en boubou, des commerciaux australiens en costars-cravates et des backpakers occidentaux en pantalons bariolés en pagaille! Pas de doute, l’expression «ville-monde» a été inventée pour Bangkok!

Nos ballades en ville confirment cette impression : on passe de Doha à Pékin en traversant la rue et de New-York à Venise en empruntant un bateau-ferry. D’ailleurs, notre premier rendez en ville est à Lahore! Et oui, Fg a décidé de se faire tailler un costume sur mesure par ceux qui habillent les espions de la CIA et quasiment tout le gratin politique américain (photo des Bush père et fils à l’appui dans la boutique). Victor et son fils Jesse Rajawongse, turbans sikhs noués fièrement sur le crâne, nous accueillent avec délicatesse et nous guident entre pans de laine italienne et de cachemire anglais. Quelques mesures, essayages, et retouches plus tard, le costume est prêt et envoyé en colis express pour la France (avec une jolie robe pour Gg). Et voilà, nous sommes parés pour le concours d’élégance qui nous attend fin mai à l’occasion du mariage de nos amis Carine & Edouard.

Le rendez-vous suivant nous transporte à la Nouvelle-Orléans pour une soirée cuivres et mess-around avec la joyeuse communauté de Lindy locale : Swing in Bangkok. Et nous voilà propulsés dans la Jam de bienvenue! Belle occasion pour nous de garder le rythme et de dégoter de quoi enrichir nos playlists swing de chansons aux influences asiatiques.

Si tous les citoyens du monde semblent s’être réunis à Bangkok, la ville a tout de même un charme fou qui lui est propre. Se mélangent dans nos souvenirs les stands de street food, les temples dorés et leurs bouddhas de toutes tailles, les centres commerciaux clinquants pleins de jeunes thaï branchés et les bateaux bondés qui transportent travailleurs et touristes sur des canaux sinueux… décidément, cette ville n’est que frénésie! Nous trouvons tout de même un havre de paix dans les salons de massage où nos pieds endoloris savourent quelques moments de répit!

Nous poursuivons alors notre comparatif ferroviaire international grâce à la liaison Bangkok-Phitsanulok. Installés dans un charmant compartiment seconde classe à l’allure «vintage» rendu très agréable par des fenêtres ouvertes aux vents et des ventilateurs à l’ancienne fixés au plafond, nous admirons la verte campagne thaïlandaise et ses improbables cigognes! Une fois encore, ce voyage en train nous semble infiniment plus reposant et captivant que n’importe quel interminable trajet de bus ou stressant vol en avion. Il nous faut ici remercier publiquement le génialissime site www.seat61.com qui nous inspire et nous fournit de très précieux conseils depuis notre départ.

Mais revenons à nos bouddhas. Si nous ne trouvons en Phitsanulok «que» les attraits d’une ville thaïlandaise lambda (et ils sont déjà notables : les sourires des locaux d’abord, les délicieux pad thaï ensuite), Sukhothaï, à quelques dizaines de kilomètre de là, est l’écrin précieux des vestiges d’un puissant empire. Nous sommes en 1238, le nord de la Thaïlande est contrôlé par les féroces khmers. Deux dirigeants thaïs aux noms à rallonge qui nous sont difficilement prononçables (Pho Khun Pha Muang et Pho Khun Bang Klang Hao) décident de s’allier pour former ce qui est considéré comme le premier royaume Siam. Cette dynastie nommée très sobrement «Aube du bonheur» dure 200 ans. Elle amorce un énorme changement de civilisation en faisant évoluer l’architecture, l’art, la langue, l’écriture et la religion. Le bouddhisme prospère et de nombreux monastères sont construits en hommage au Bouddha et à ses enseignements.

Parce que nous ne disons jamais non au bonheur, nous parcourons à bicyclette l’immense parc, gardien de statues gigantesques et de temples en ruines. Classé au Patrimoine mondial de l’humanité, le lieu révèle toute sa splendeur au crépuscule quant le rouge-orangé du soleil couchant balaye les vieilles pierres parfaitement mises en lumière par des projecteurs savamment disposés. Nous nous régalons en essayant de peaufiner nos réglages photos…

Après cette mise en bouche théorique, place à la pratique! Sur les bons conseils de Pauline et Olivier (joyeux-lurons franco-belges rencontrés à Xi’an en Chine), nous décidons de passer une semaine dans un ferme biologique tenu par un ancien moine bouddhiste, la Mindfull Farm. Le principe est celui du Wwoofing (Point culture/ Question Tatane : le Wwoofing est un réseau de fermes bios qui accueillent des volontaires pour travailler quelques heures par jour dans la ferme contre le gîte, le couvert et le partage de connaissances) mais avec une composante spirituelle. Contre quelques heures de travail par jour, nous en apprenons plus sur le bouddhisme et la méditation!

Journée-type
6h : lever
6h30-7h30 : méditation, préparation du petit-déjeuner ou nettoyage des parties communes (au choix)
7h30-8h30 : petit-déjeuner en silence
9h-12h : travail à la ferme
12h-13h : déjeuner
13h-14h30 : sieste
14h30-16h : ateliers de partage de compétences
16h-17h : yoga
17h30-18h30 : diner
19h30-20h30 : méditation et lectures sur le bouddhisme (en groupe)

Si, à la lecture, ce programme peut sembler rude, en réalité, il nous va bien. Étonnamment, dès le premier jour, nous prenons facilement le rythme du soleil.  C’est d’autant plus agréable que les journées sont très chaudes et les nuits bien fraiches dans les montagnes. La ferme repose sur quatre piliers : pleine conscience,  repas végétariens, potager biologique, exercice physique.

Pour la pleine conscience, autant dire qu’il n’y a pas de cadre plus propice à la méditation et à la réflexion sur le «ici et maintenant» qu’une ferme isolée, posée sur une belle colline verdoyante, entourée de ruisseaux. A notre grande surprise, nous parvenons à petit-déjeuner tous les matins en silence, concentrés sur notre repas et la beauté du lever de soleil sur la forêt. Le soir, nous tentons avec plus ou moins de succès de nous asseoir en tailleur, totalement immobiles, pour respirer et lâcher prise sur nos pensées, le temps qui passe, le genou qui tire et le moustique qui rode… Les lectures sur le bouddhisme sont passionnantes tant cette façon de voir le monde est éloignée de nos réflexes et modes de vie occidentaux. « Ah bon? L’égo n’est pas fondamental? Quoi, il est source de douleur?… ».

En ce qui concerne le végétarisme (cohérent avec la pensée bouddhiste d’élimination de la souffrance), nous avons plaisir à enrichir nos carnets de recettes de plats originaux sans viande. Et nous sommes particulièrement contents de retrouver les fourneaux pour un atelier cuisine que nous proposons aux autres volontaires : ratatouille française version asiatique (où le gingembre remplace l’ail)!

Nous mettons aussi les mains dans la terre pour entretenir et développer le potager bio (arrachage des mauvaises herbes, bêchage, arrosage, terrassement, cueillette…) puis nous construisons deux murs et une porte pour les toilettes sèches! Nous sommes fiers de nous, peu rompus que nous sommes aux travaux manuels. Franchement, c’est chouette de voir quelque chose de concret se matérialiser sous nos doigts et… les légumes du diner ont encore plus de saveurs! :D

Pour la forme, nous osons et nous nous improvisons à tour de rôle profs de yoga. Tous les autres volontaires participent et semblent satisfaits de notre mélange étirements de boxe/asanas bienvenus pour détendre les muscles sollicités par le travail matinal !

Mais plus encore que les différentes activités, nous sommes ravis des rencontres que nous faisons à la ferme. Le melting pot des volontaires est assez incroyable puisque nous partageons une semaine ou un diner – c’est selon – avec Alex (Franco-allemand), Kaï (americano-japonais), Ludwig (suédois), Kaori (japonaise), Paula (allemande), Jacob (anglais), Raphaela (allemande), Soshana (américaine), Sebastien (canadien), Div et Noam (israéliens), Cassande (française), François (canadien), Alicia (italienne) et Alice (chinoise)! Chaque jour des volontaires arrivent ou partent… Conformément au bouddhisme, rien n’est permanent!

Nous sommes vraiment chanceux puisque notre dernière journée à la ferme correspond au festival annuel de la fraise, clairement la grosse teuf locale. La fanfare défile dans les rues, les membres des ethnies revêtent leurs tenues traditionnelles, tout le monde se régale de fraises… un vrai bonheur!

A l’instar de notre séjour en Mongolie, cette semaine en «immersion» est un moment fort de notre voyage.  Toutes les conditions étaient réunies pour réfléchir sur nous-même. Encore une fois, nous ne sommes pas devenus néo-hippies, nous pensons juste que ces pauses dépaysantes, hors de nos zones de confort, sont de vraies sources d’inspiration. Elles nous aident à décider qui nous voulons être.

Zens et souriants, nous rejoignons Chiang Rai où nous décidons de consacrer quelques journées à deux de nos amours : le thé et le café! Entre ballades en scooter dans les plantations, dégustations approfondies et conversations avec les experts locaux, nous profitons pleinement de cette région où le tourisme se vit plus tranquillement, sans arnaques ni négociations tendues. C’est pour nous la preuve que la fameuse douceur de vivre thaïlandaise sur-vendue à l’étranger n’est pas qu’un mythe (le sud nous avait clairement fait douter).

Puis, il nous faut déjà traverser le Mékong (non, pas à la nage!), commode frontière naturelle, pour rejoindre le Laos où Chantal (la maman d’Fg) et Gilles (son compagnon) nous rejoignent dans quelques jours pour de nouvelles aventures…

  7 comments for “En thaïlleur…

  1. lili
    10 mars 2015 at 11:31

    Super l’article :) !!!!!!! ps : fg attention au retoucheur de ton pantalon… Joey a eu des mésaventures avec le sien :p

    • Gg et Fg
      12 mars 2015 at 4:45

      « Mais c’est comme ca qu’on fait les pantalons!D’abord on mesure un coté de bas en haut, puis l’autre coté, et enfin on fait le derrière » !

  2. Cecile
    10 mars 2015 at 1:44

    Encore un super beau récit qui donne envie de voyager, qui rend heureux pour vous et qui accessoirement, mais soyons terre à terre, redonne la pêche pour retourner bosser en cette journée pluvieuse. D’ailleurs je me disais que vous allez avoir fait une année complète d’été ou quasi, bien joué !
    Vous êtes toujours aussi beaux et rayonnants, bon voyage jusqu’en Afrique du Sud et revenez nous bientôt, ça commence à faire long…
    Je vous embrasse fort

    • Gg et Fg
      12 mars 2015 at 4:47

      On a quand même eu froid-froid en Mongolie et en Russie… mais c’est vrai qu’avoir le soleil presque toute l’année c’est vraiment délicieux! Nous aussi on t’embrasse. Pas de panique, la virée rennaise est pour bientôt ! :)

  3. Mamie Monique
    10 mars 2015 at 4:51

    Et Gg …. comment as-tu fait pour le déjeuner en silence ???
    C’est merveilleux ce que vous faites…merci de si bien nous le raconter (je lis et relis), vos photos sont superbes . A bientôt , plus que 2 mois….. je vous embrasse fort Mamie

    • Gg et Fg
      12 mars 2015 at 4:48

      Bah dis donc mamie, tu chambres ??!! Figures toi que je me suis surprise moi-même non seulement à le faire mais aussi à apprécier! :)
      Merci pour les commentaires positifs, ça nous donne envie de faire toujours mieux ! Je t’embrasse très fort. A très bientôt.

  4. Yann&Elo
    18 mars 2015 at 11:06

    Hello les copains !!

    On suit le mouvement : toujours au top vos récits et magnétos ! Entre 2 cartons, ça nous permet de nous évader ! J’ai reconnu quelques endroits dans ce récit ;-) et bien maintenant place à un autre monde : l’Afrique ! Je vous cache pas qu’on a hâte de vous suivre ;-)

    Pensez à passer par le nord pour votre tour de France des amis ! C’est super confort chez Aline et Vince !!

    Bisous !! Bientôt il faudra nous suivre aussi !

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