Le Vietnam au fil de l’eau…

« En rentrant dans une famille, on doit en adopter les coutumes. En naviguant sur un fleuve, on doit en suivre les méandres.”  Proverbe vietnamien.

Nous sommes rentrés dans la «famille» vietnamienne en suivant tranquillement le fleuve rouge depuis le sud du Yunnan. D’ailleurs, pour passer la frontière entre Hekou (Chine) et Lao Cai (Vietnam), il nous a fallu traverser un pont – au sens propre du terme – tout un symbole ! L’eau, sous toutes ses formes, a bel et bien été le fil rouge de notre périple d’un mois au Vietnam.

Pour les méandres, nous sommes servis dès le passage du portique de sécurité : les coutumes vietnamiennes sont de toute évidence bien différentes des coutumes chinoises. Ici, déjà, on fait la queue pour le tampon comme on l’entend chez nous. Mais si la vérification du passeport est moins scrupuleuse (donc moins longue), les premières entourloupes touristiques commencent… Les chauffeurs de taxi demandent un prix exorbitant pour rejoindre la gare routière (en fait toute proche) et les chambres d’hôtel/auberge varient du simple au double pour une qualité parfois douteuse. Heureusement, nos premiers rouleaux de printemps frais accompagnés d’une bonne bière (enfin!) nous requinquent.Le temps n’est pas au beau, nous décidons donc de faire l’impasse sur les rizières et les montagnes de Sapa, pour filer à Hanoï.

Notre première expérience ferroviaire vietnamienne ne manque pas de charme : une vieille locomotive rouge, serpente à un rythme de sénateur le long du fleuve tandis que nos (petites!) fesses s’accommodent tant bien que mal du banc en bois de notre wagon seconde classe, pendant que les vendeurs ambulants de riz gluant et de mangue fraiche rythment les 12 heures de trajet qui nous mènent vers l’ancienne capitale du nord du pays. Depuis la fenêtre de notre compartiment, nous avons un premier aperçu d’Hanoï by night, de très près puisque le train pénètre au ralenti au cœur de la cité, obligeant piétons, deux roues et voitures à s’immobiliser derrière des barrières de fortunes, comme si toute une foule retenait sa respiration avant d’être de nouveau aspirée dans le désordre incessant de la ville.

L’arrivée à Hanoï nous parait simple comparée aux défis quotidiens des deux derniers mois. Tout le monde parle un peu anglais, les infrastructures touristiques sont à tout les coins de rues, les terrasses sont de nouveau peuplées de nombreux occidentaux et il nous semble que locaux et touristes vivent à côté mais jamais ensemble… Si bien que très vite nous nous prenons à regretter «l’authenticité chinoise» et à critiquer le tourisme de masse vietnamien… Heureusement, ce sentiment s’atténuera au fil du voyage et notre avis est aujourd’hui moins tranché.

Nous visitons Hanoï avec avidité. Certains bâtiments nous rappellent les grandes capitales européennes (vestiges de la colonisation française), la circulation est infernale tant il y a de motos mais cela confère un charme particulier à la ville. Surtout, nous nous REGALONS ! Café vietnamien glacé avec une touche de lait concentré (Ca phe sua da), banh-mi quotidien aux herbes fraiches (sandwich qui tire son nom de pain de mie!), rouleaux de printemps, nems, salade de mangue, soupe de nouilles (pho), riz gluant, salade de fruits exotiques, bière fraichement brassée… tout est irrésistible !

Pas de greeters ici, mais une association d’étudiants Hanoi kids qui se propose de nous faire visiter la ville contre des conversations en anglais… qu’à cela ne tienne, nous réservons pour une soirée de découverte de la cuisine de rue vietnamienne. Thanh et Phuong nous guident à travers les échoppes et les subtilités de la culture vietnamienne (notamment les relations familiales très formalisées). Après le mutisme chinois, la liberté de ton de ces jeunes vietnamiens nous ravit. Si le Vietnam est aussi une République populaire communiste, de toute évidence, on se sent plus libre ici de parler en public de politique, de voyages, d’orientation sexuelle et du devenir du monde.

La mayonnaise prend tellement bien que Thanh et Phuong nous proposent de nous accompagner le lendemain pour une visite historique guidée de la ville. Au menu : la prison de Hoa Lo et le Temple de la littérature. On ne va pas se mentir, la visite de la prison appelée autrefois «maison centrale» par les colons français a été une épreuve. Les exactions et les tortures infligées aux vietnamiens et vietnamiennes qui rejetaient ou critiquaient le colonialisme, nous ont été présentées avec recul et tact par nos deux jeunes guides, mais leurs traces sont encore bien visibles sur les murs de la prison et nous glacent le sang. D’autant que sa seconde utilisation lors de la guerre du Vietnam pour maintenir captif les pilotes américains, à la fin des années 70, fut plus respectueuse des droits de l’Homme…

La visite du temple de la littérature est bien plus zen : cette école bâtie par Confucius pour former ses disciples est aujourd’hui un lieu de célébration pour les jeunes diplômés, qui se font prendre en photo tout sourire en tenue de remise de diplômes (de location), devant des statues symbolisant la réussite et la prospérité, tels que la tortue, le phœnix ou encore le dragon. Sous cette apparente décontraction, Thanh nous apprend que les jeunes sont soumis à une très forte pression familiale pour réussir leurs études et exercer très souvent le même métier que leurs parents. Notre dernière sortie culturelle témoigne de l’importance de l’eau et de ses ressources pour les vietnamiens : le théâtre des marionnettes dansant sur l’eau au son des instruments et des chants traditionnels. C’est pour nous un incontournable si vous souhaitez visiter Hanoï !

La pluie nous accompagne jusqu’à l’ile de Cat Ba que nous privilégions à la baie d’Ha Long pour éviter les bateaux de touristes en rang d’oignon. Bien nous en a pris, sur le ferry nous rencontrons Sarah & Valentin, un couple français, et Hanna & Corey, des canadiens de Toronto, tous, comme nous, en voyage longue durée. Nous gardons tant bien que mal notre calme face aux arnaques organisées visant les touristes et que nous ne pouvons éviter (à moins de se faire éjecter les sacs du ferry ou en venir aux mains…). Nous passons tous ensemble quelques jours à la découverte de cette baie « jumelle » de celle d’Ha Long mais bien plus tranquille. S’il pleut la majorité du temps, nous terminons le séjour en beauté sur un bateau de pêcheur à ferrer des poissons exotiques sur une eau émeraude, en navigant entre les pics karstiques si caractéristiques de cette partie du monde.

La pluie ne cessant pas, nous décidons de filer au plus vite vers le sud, sans manquer toutefois de passer une nouvelle journée à arpenter Hanoï, et notamment le musée de l’histoire national – qui comble nos lacunes en la matière – et l’excellent musée des femmes.

La climatisation polaire du train couchette compromet une bonne nuit de sommeil, mais nous arrivons bon pied bon œil à Hué, ancienne capitale impériale, pleine de charme, sous la pluie bien sur ! C’est l’occasion d’activer un improbable contact familial : Mr Phu éminent docteur en pédiatrie ayant fait une partie de ses études en France, qui avec sa famille, nous accueille comme des rois dans sa ville natale. Diner dans un restaurant traditionnel, cocktails sur le dernier étage du grand hôtel de la ville, repas maison le soir de notre départ : nous sommes choyés et ça fait du bien ! Toute la famille parlant français, les discussions sont animées et enjouées. Nous nous quittons en espérant nous revoir prochainement en France.

Toujours plus au sud, mais toujours sous la pluie (là vous comprenez que ça nous tape un peu sur le système), le train nous emmène à son rythme sur des rails dépassant à peine le niveau de l’eau des rizières. Annoncée comme une destination phare du Vietnam, Hoï An nous laisse un peu sur notre faim (ne le prenez pas au pied de la lettre, nous y avons pris des repas exceptionnels). Nous sommes ahuris par la multitude de tailleurs particuliers qui occupe la majorité des devantures du centre ville. Hoï An qui est connue pour être le paradis du vêtement sur mesure, nous semble plutôt être un enfer pour touristes perdus dans ce labyrinthe de tissus et surtout pour les petites mains qui s’échinent jour et nuit dans les entrepôts et arrières-boutiques afin de tenir des délais impossibles (un costume complet en 2 jours, essayages compris !). Mais c’est sur, les canaux qui sillonnent la ville sont bucoliques, de même que les balades à vélo au milieu des rizières pour rejoindre un joli front de mer sauvage peuplé de cocotiers.

Une étape express (et plutôt étonnante) plus tard – Nha Trang ou la station balnéaire russe où tout est traduit en cyrillique – nous voici à Mui Ne où le soleil brille enfin. Les 5 jours qui suivent sont délicieux, ponctués de baignades, de balades en scooter vers des dunes de sable rouge, de session (plutôt infructueuses) de surf pour Fg, et de homards frais au barbecue pour quelques euros !

Mais vite, nous rejoignons la capitale en train – toujours aussi lent – Ho chi minh (que tous les vietnamiens continuent d’appeler Saïgon). Gg trépigne d’impatience jusqu’à ce que Nico (son meilleur ami qui vit en Australie) pointe le bout de sa casquette au terminal de l’aéroport accompagné de son copain Peter. Débute alors un road trip à travers le delta du Mékong, ponctué de pauses Banh-Mi / Ca phe sua da.

Nous naviguons sur le large fleuve couleur café à bord d’un petit rafiot local et notre sympathique guide nous mène sans encombres à travers les multiples bras du fleuve à la rencontre des marchés flottants traditionnels, des vergers de fruits exotiques, et autres fabriques de nouilles de riz. Nous poursuivons notre étude approfondie de la gastronomie vietnamienne en déambulant dans les rues de Can Tho, d’une échoppe de street food à l’autre. Nico s’essaye au rat à la broche, tandis nous autres nous régalons d’aubergines en marmite, de rouleaux de printemps aux saveurs locales et de riz gluant sucré pour le dessert.

Malheureusement, pour rejoindre notre prochaine destination, les îles Con Dao, un saut de puce en avion s’impose à cette période de l’année. L’atterrissage quasiment sur la plage est mouvementé, et pour cause, l’île fortement ventée nous réserve quelques surprises, notamment des embardées mémorables en scooter, lors des passages des deux caps de l’île avec des vents à 120 km/h (promis ça décoiffe, même avec le casque !) alors que nous faisions tranquillement notre «tournée» des plages. L’île est belle, sauvage, bien préservée, avec son marché quotidien vivant, son port aux marins un peu éméchés, des plages à l’état brut et une jungle non apprivoisée peuplée de singes et de grands écureuils noirs endémiques. Nous avons aussi profité des fruits de mer frais (ah le crabe à la citronnelle…) et de l’histoire riche de l’île qui fut pendant plus de 100 ans un bagne, tout d’abord aux mains des français, puis des vietnamiens, et plus connu sous le nom de « l’enfer sur terre de Poulo Condor » notamment à cause des ignobles cages à tigres (Point culture/question tatane : cellules sous terre obligeant les détenus à rester accroupis des années durant et découvertes par hasard par des sénateurs américains en visite officielle dans l’ancien bagne). Malgré tout, ce furent 3 douces journées de rire et de quiétude entre amis, inoubliables !

Mais Noël est déjà là, et cette année n’est pas coutume, nous allons célébrer la naissance du petit jésus dans la chaleur moite de Saïgon. Le cadeau de Nico ne fait que des heureux : une nuit grand luxe dans les suites de l’hôtel Majestic, sublime bâtisse d’inspiration art déco à l’ambiance délicieusement vintage. Nous passons notre après-midi dans les épiceries de la ville pour dénicher un petit bloc de foie gras et une bouteille de champagne que nous partageons à l’apéritif en échangeant de simples présents.

Notre réveillon a pour théâtre une ancienne demeure coloniale qui abrite un restaurant traditionnel, et ce diner conclu en apothéose notre périple culinaire vietnamien. A minuit, nous nous joignons à toutes les familles vietnamiennes massées devant la cathédrale de Saïgon. Les enfants sont déguisés en père et mère noël et tout le monde s’arrose de neige artificielle. Pris pour cible par un groupe d’adolescents farceurs, nous entrons dans la bataille ! Après quelques pas de danses sur les accords d’un groupe de rock live, nous rentrons nous pelotonner dans le lit le plus moelleux qu’il ne nous ai jamais été donné de fréquenter… Le brunch à l’occidental sur le toit-terrasse de l’hôtel en ce matin du 25 décembre, n’a pas le goût des Noël de notre enfance, mais ne manque pas de saveurs. Nous flânons toute l’après-midi autour de la piscine de l’hôtel avant de s’étreindre tout penauds pour un nouvel au-revoir.

Il n’est jamais facile de quitter un ami pour de longs mois, mais c’est un peu moins dur quand il s’agit d’aller en rejoindre d’autres sur une île thaïlandaise…

  7 comments for “Le Vietnam au fil de l’eau…

  1. Bruno
    19 janvier 2015 at 8:49

    C’est toujours un immense plaisir de vous lire ! Je le fais avec gourmandise, voracité et délectation ! La journée va être plus légère et ensoleillée ! Bizous

  2. Lili
    19 janvier 2015 at 9:54

    Magnifiques les photos !!!!!!! Le petit macaque :))))

  3. Cathy Chichery
    19 janvier 2015 at 8:09

    Quel plaisir de vous lire ! Je pense souvent à vous… Génial, ce mois ci, je vais cuisiner vietnamien 😀

  4. SYLVIE
    19 janvier 2015 at 8:32

    Toujours beaucoup de bonheur à lire et à partager .
    PROFITEZ !
    Que de souvenirs resteront dans vos mémoires.
    Beaux moments de vie et de découvertes dans des pays différents des nôtres.Beaux moments de partages. Pour moi parmi mes voyages, l’Asie m’a laissé beaucoup de très bons souvenirs.
    Lire vos commentaires et regarder vos photos me remplissent toujours de bonheur.Je le fais toujours en soirée et cela me fait du bien.
    Je suis très heureuse pour vous.
    Je vous embrasse.

  5. sauss
    21 janvier 2015 at 5:08

    Toujours autant de plaisir à vous lire les sauss! Vous avez bonne mine!

  6. changran
    22 janvier 2015 at 5:35

    Petit moment d’évasion et de partage avec vous toujours délicieux .
    Merci pour ce petit moment de rêves qui nous prépare à nous immerger en Asie.
    Nous avons hâte de découvrir avec vous et de vous retrouver
    Mille bisous de Mumuto

  7. changran
    30 janvier 2015 at 9:35

    Joyeux anniversaire à l’autre bout du monde !!!
    mille bisous
    M
    Mumuto

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