Sabaïdii ! Bienvenue au Laos.

Le paysage est envoutant. La jungle d’un vert intense semble vierge. On aperçoit seulement quelques maisons en bois au bord de la route et des femmes qui préparent le repas dans des cours de terre battue où de gros cochons noirs se promènent. Les anciens se reposent dans des hamacs aux couleurs délavés installés à l’ombre des palmiers. Au bord de la route un petit garçon court à en perdre haleine pour faire tourner deux feuilles de manguier qu’il a savamment entremêlées sur un bâton en guise d’hélice. Une jeune fille se lave le corps et les cheveux dans la rivière en contrebas, sa nudité masquée par le sarong traditionnel noué à la poitrine. Dans le minibus, un enfant sans doute peu habitué au long trajet sur les routes sinueuses de montagne vomit… Puis sa maman… Puis un autre monsieur… Heureusement, le chauffeur finit par s’arrêter en haut d’un col pour que nous puissions tous prendre un peu l’air!  

Bienvenue au Laos.

Ici, le temps s’étire. Les gestes, la parole, le souffle est lent. Vraiment, oui, lent. Il faut dire que la chaleur est pesante, que le soleil brille à travers le voile nuageux, qu’il brillera aussi demain, que « on est bien là non? »…

Vraiment, il n’y a pas lieu de se presser.

Bienvenue au Laos.

Nous nous sommes vraiment sentis les bienvenus au Laos. L’hospitalité des locaux n’est pas un mythe de voyageurs : pour nous, partout, cela s’est vérifié ! En revanche, nous pensions avoir choisi un pays peu fréquenté en Asie du sud-est… ERREUR ! Si le Laos n’est certes pas doté d’infrastructures touristiques comparables à celles de ses voisins (Vietnam et Thaïlande), il y a tout de même beaucoup de touristes ! Nous n’avons d’ailleurs jamais rencontré autant de voyageurs à notre image (c’est à dire baroudeurs au long cours, blogueurs, français, jeunes, beaux et intelligents… ah non on s’emballe un peu!) qu’au pays du million d’éléphants… Mais cela ne nous a pas déplu, au contraire, nous avons fait de belles rencontres !

Ceci dit, une journée seulement après avoir passé la frontière thaïlando-laotienne, nous avons décidé que nous nous sentions trop étouffés dans le bateau lent à touristes qui relie en deux jours le poste frontière de Lao Cai à Luang Prabang au fil du majestueux Mékong… Aussi, avons nous demandé poliment au capitaine du bateau au matin du deuxième jour de bien vouloir nous déposer une heure plus tard dans un petit village de l’autre côté de la rive. Les négociations n’ont pas été simples et on vous passe les regards amusés/moqueurs/médusés des 150 autres voyageurs lorsque nous avons du sauter les pieds dans l’eau sac au dos pour rejoindre ce qui s’est trouvé être un hameau endormi cerné par la jungle. La veille pourtant au diner, nous étions surs de nous ! Géographiquement parlant, cela faisait sens : nous nous épargnions 300 km pour rejoindre notre prochaine destination. Économiquement parlant (oui, d’accord, c’est ça la vraie raison), nous économisions près de 50 euros (ce qui représente quasiment notre budget journalier au Laos). Mais là, concrètement parlant, alors que le bateau s’éloigne et que nous débarquons péniblement sur le sable sans voir âme qui vive dans le village, on a comme un doute… Un sourire à la gérante du magasin général (enfin si on peu dire….), une soupe de nouille, une ballade-séance photo avec les enfants curieux du village et 6 heures d’attentes plus tard, un pick-up se propose tout de même de nous remonter par la piste jusqu’à la prochaine route goudronnée.

Et c’est ainsi que nous débarquons par hasard, couverts de poussière et exténués, chez Monica, une anthropologue allemande originale qui tient une guesthouse charmante dans la petite ville d’Hongsa, plus connue pour sa centrale électrique chinoise au lignite que pour son attrait touristique. Décidément en voyage (comme dans la vie non?), oser sortir des chemins tout tracés et dire instinctivement «oui» aux propositions inattendues débouche le plus souvent sur d’excellents moments ! Nous avons passé une soirée délicieuse autour d’un succulent plat de pâtes à l’occidental et le lendemain matin, nous nous sommes levés avec le soleil pour accompagner Monica au marché local quotidien, où nous avons pu observer et échanger grâce à elle avec les fermiers/vendeurs.

Quelques heures de minibus flambant neuf sur une route impeccable – ce que nous n’avons pas vu ailleurs au Laos (merci les chinois!) – nous arrivons surexcités à l’Elephant conservation center, LA structure qui veut sauver les éléphants d’Asie ! Un hôpital dédié, des vétérinaires itinérants, un programme social de soutien financier aux mahouts dont les éléphantes sont en gestation (ce qui implique de ne toucher aucun revenus pendant 3 ans), un centre touristique qui respecte totalement l’animal… ici, tout est exemplaire! Compte tenu de notre budget, nous ne passons qu’une journée au centre, mais quelle journée ! Après avoir admirés le bain du nouveau-né (éléphanteau de trois mois) et sa mère, nous avons assisté à une séance de check-up vétérinaire. Nous avons pu discuter avec la véto, la biologiste et les mahouts (point culture/question Tatane : un mahout est le maître, guide et soigneur de l’éléphant)! Ici, on ne monte pas à dos d’éléphant n’importe comment (c’est à dire pas sur des chaises installées sur leur colonne vertébrale) mais, comme les mahouts, sur leur nuque, et moins de 30 min par jour pour éviter des fatigues qui influent gravement sur leur capacité de reproduction. Ces 5 minutes chacun au plus près de cet animal si doux mais si puissant, dont on sent immédiatement la grande intelligence, resteront gravées dans nos mémoires. Mains en appui sur la tête molle, jambes frottant sur la peau rêche et ridée, nous nous sommes sentis étrangement bien, balancés par les lents pas feutrés du géant, évoluant lui aussi au rythme du pays…

Mais c’est sans une seule minute de retard que l’avion transportant Chantal (la maman d’fg) et Gilles (son compagnon) atterrit sur le tarmac fatigué de Luang Prabang. Après de douces embrassades, remises de cadeau, et dégustations de comté (c’est officiellement une tradition pour quiconque nous rejoint en voyage, à bon entendeur…), nous arpentons à vélo pendant quelques jours les ruelles, temples, cafés, marchés et salons de massage de la plus jolie ville du pays, à taille humaine, à la confluence du Mékong et de la Nam Ou. C’est d’ailleurs celle ci que nous remontons sur de longues barges colorées après que nos voyageurs ainés se soient acclimatés à l’air chaud et aux nouvelles saveurs.

Notre première destination est Muang Ngoi, base d’exploration des villages ethniques de la région. Nous chaussons nos souliers de randonnées qui nous mènent par erreur dans le très petit et joli village de Hoy Xen où nous passons une nuit dans une cabane de bambou sommaire, mais tout de même bien plus confortable que les nattes de la plupart des villageois! Réveillés aux aurores par les coqs, l’appel au travail général des jeunes hommes et les courses poursuites des bambins matinaux, notre petit groupe se scinde en deux pour la journée : Gilles et Fg se lancent à l’assaut d’un chemin non balisé très pentu à travers rizières, rivières et bambouseraie, tandis que Chantal et Gg se proposent de rejoindre les villages alentours par un chemin moins éprouvant. Contre toute attente, les quelques conseils du chef de village mèneront les « garçons » sans trop de difficultés au désertique hameau d’altitude de l’ethnie Khmu, tandis que les « filles » reviendront elles harassées à la nuit déjà bien tombée après s’être trompées de chemin et avoir marché, marché, marché, marché et encore marché…

Heureusement, assis sur un banc en bois humide, la journée de bateau lent du lendemain permet de récupérer tout en s’émerveillant devant la beauté du paysage karstique qui défile tranquillement devant nos yeux… Le trajet est par ailleurs égayé par la seule erreur de manipulation du batelier qui, entre les 30 sacs des passagers, choisi de faire tomber à l’eau celui de… Gg ! Il y a eu plus de peur que de mal, le sac est vite repêché et ici tout sèche vite !

A Muang Khua, nous nous levons très tôt pour observer le plus discrètement possible la cérémonie du « Tak Bat » bien ancrée dans la culture laotienne : l’aumône matinale des moines bouddhistes. Chaque jour, à l’aube, les moines qui vivent au wat (monastère), afin d’ honorer leur vœu de pauvreté et d’humilité,  se déplacent pied nus en procession dans les rues et récoltent leur nourriture quotidienne, que les habitants, installés à même le sol sur des nattes, une écharpe nouée à l’épaule, leur remettent avec une extrême déférence – don qui renforce leur mérite spirituel. La cérémonie des moines en robe couleur safran, baignées dans les premières lueurs du jour, se déplaçant lentement, est fascinante, hypnotique.

Pour compléter notre découverte des ethnies locales, nous engageons avec un jeune couple de français sympas, Sophie et Emmanuel – non, ce n’est pas une blague (les parents de Gg ont les mêmes prénoms) – un jeune guide qui nous mènent dans deux villages à la rencontre des habitants. La journée est passionnante, il nous introduit auprès des familles et nous fait visité l’école, pour le plus grand plaisir de Chantal, institutrice de métier. Pendant quelques minutes, les enfants sont très timides mais nous nous régalons en portraits photo. Pourtant, une chorale de « bye bye » nous accompagne jusqu’à la maison du « chef » (le maire en fait) et de sa femme, chez qui nous sommes invités à déjeuner. Progressivement les langues se délient, chacun montre sa famille en photo et Gilles marque des points en offrant sa carte de visite professionnelle! Notre guide, qui comme tout jeune laotien a été moine à un moment donné de sa vie (10 ans pour lui tout de même), est généreux en explications sur le bouddhisme, la vie dans les villages et les coutumes, et il prends le temps de répondre à toutes nos interrogations.

Chantal et Gilles se transforment en bikers pour leur dernière journée à Luang Prabang pendant que nous mettons à jour le blog dans un café douillet. Il est déjà temps de se dire au revoir… Au Laos, la famille occupe une place centrale et nous sommes absolument ravis d’avoir respecté cette tradition en partageant ces 10 jours d’aventures avec eux!

Quant à nous, nous consacrons nos derniers jours asiatiques à ne pas faire grand chose d’autre que de déguster de bons jus de fruits frais et faire trempette dans les piscines des grands hôtels (qui ouvrent leurs portes aux backpackers en heures creuses) pour fuir la chaleur qui devient vraiment accablante. Nous terminons en roue libre à Vientiane où nous parcourons avec fierté les seuls 18km de rail laotien, avant de prendre un incroyable train de nuit thaïlandais pour rejoindre l’aéroport de Bangkok.

Nous ne réalisons pas encore que nous quittons l’Asie après 6 mois de vadrouilles, et pourtant, c’est bien l’Afrique qui nous fait de l’œil sur le tableau d’affichage !

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