Sumatra, la radicale !

La nature est tout ce qu’on voit,
Tout ce qu’on veut, tout ce qu’on aime.
Tout ce qu’on sait, tout ce qu’on croit,
Tout ce que l’on sent en soi-même.

Elle est belle pour qui la voit,
Elle est bonne à celui qui l’aime,
Elle est juste quand on y croit
Et qu’on la respecte en soi-même.

Regarde le ciel, il te voit,
Embrasse la terre, elle t’aime.
La vérité c’est ce qu’on croit
En la nature c’est toi-même.

George Sand, 1873 (Poème « A Aurore »)

Nature, Ô Nature
décide du sort des hommes
Demain ou bien Jamais
Nature fixe ton sort

Winston Perez, 2002 (Extrait du poème « Incandescence »)

Puissante, extrême, sauvage… tels sont les adjectifs qui s’imposent à notre esprit alors que nous voulons (vous) raconter Sumatra. Cette île immense vit plus que les autres au rythme de la nature, qui lui impose sa beauté mais parfois aussi sa fureur. En trois semaines, nous avons approchés des volcans en activité, une jungle brute pour partie inexplorée, des vagues hors normes et un lac qui recouvre le plus gros cratère du monde. Le feu, la terre, l’eau, l’air… tout est radical à Sumatra !


A vrai dire, nous ne connaissions cette ile indonésienne qu’à travers les tragiques séismes et tsunami d’il y a 10 ans (26 décembre 2004 puis 28 mars 2005). Pourtant, l’île est mythique pour de nombreux voyageurs : c’était une étape phare sur la route initiatique des jeunes hippies dans les années 70. Nous rencontrerons d’ailleurs au cours de notre séjour quelques séniors nostalgiques, toujours très « beatnik » (point culture/question Tatane : les « beatnik » sont les hippies américains des années 60-70). Ce tourisme s’est estompé avec les années et aujourd’hui Bali, Java et Bornéo vole clairement la vedette à leur voisine. Il n’empêche, Sumatra recèle de nombreux trésors à l’abri de ses feuilles de bananiers !

Notre première étape nous en jette plein la vue dès l’atterrissage du petit « coucou » : non seulement nous avons le sentiment d’atterrir sur une piste noyée dans les marécages, mais le déluge et les cours d’eau débordant sur la très mauvaise route nous accompagneront pendant les 6h de trajet nécessaires afin de parcourir la centaine de kilomètres qui nous sépare de Sorake Beach, la « Mecque » du surf sur Sumatra. Les retrouvailles avec Etienne, le frère de Gg, et Charlotte, sa compagne, sont très joyeuses… Cette impression de se retrouver dans un petit bout du monde est absolument délicieuse !

Arrivés la veille, ils nous ont dégotés les deux jolies chambres d’une minuscule guesthouse, avec terrasse, hamac et vue sur mer, à deux pas de LA fameuse vague…. pour 4€ la nuit ! En effet, Nias est malheureusement l’île la plus pauvre de l’archipel indonésien, le plus grand au monde (17 508 îles tout de même). En dehors de Sorake beach où le tourisme lié au surf permet à quelques dizaines de familles de vivre mieux, la plupart des habitants de l’île habitent dans des maisons de fortune sans eau courante et s’échinent à cultiver le riz pour pouvoir manger à leur faim et survivre. La pauvreté est omniprésente, il n’est pas rare de voir des enfants en bas âge vêtus de haillons mendier au bord des routes. C’est la région la plus pauvre que nous ayons traversé depuis le début de notre voyage.

Malgré cela, tout le monde garde le sourire et les enfants qui veulent nous vendre glaces artificielles, noix de coco fraiches et autres beignets après l’école, aspirent tous à une vie meilleure, notamment grâce à l’anglais qu’ils apprennent en discutant avec les quelques surfeurs aventuriers qui vont et viennent tout au long de l’année. Dans l’eau l’ambiance est détendue et joviale – c’est assez rare sur un spot de classe mondiale pour le préciser – les surfeurs locaux surdoués laissent les vagues faciles aux novices et prodiguent volontiers quelques conseils. Dès le premier jour, Charlotte et Fg se jettent à l’eau sur le spot débutant de Lagundri beach sous les consignes et encouragements d’Etienne, qui lui s’attaque à « the point », une vague mythique par sa régularité et son amplitude. De son côté, Gg (et sa patte folle) s’initie aux joies du bodyboard.

La semaine passe à une vitesse folle, au rythme des sessions de surf, balade en scooter dans les terres, découverte de kilomètres de plages sauvages désertes, et de spa naturels dissimulés au cœur de la jungle. Les repas se ressemblent (la gastronomie de Sumatra est restreinte), mais nous apprécions toujours nos diners de poissons frais au barbecue ou de nouilles sautées après une partie de carte, version indonésienne du président : un must.

Les au-revoir sont aussi joyeux que les retrouvailles, puisque qu’ Etienne & Charlotte s’en vont retrouver leur nouveau logis marseillais, tandis que nous sommes impatients d’arpenter Sumatra, forts de leurs bon tuyaux (ils ont visité l’île les 15 jours précédents).

8 heures d’attente dans un port délabré, 12h de ferry de nuit sur sièges non inclinables et 6h de taxi collectif enfumé plus tard, nous voici devant le majestueux lac Toba. Nous devons encore emprunter un petit bateau coloré pour rejoindre notre destination : Tuk Tuk, la péninsule de l’ile de Samosir. Car oui, nous nous rendons sur une île qui se trouve sur un lac qui se trouve lui-même sur une île. Vous suivez ?

Nous passons une semaine délicieuse dans ce fief Batak. Cette ethnie descend de tribus montagnardes néolithiques du nord de la Thaïlande et du Myanmar (Birmanie) qui furent chassées par la migration de tribus mongoles. Historiquement, les Bataks comptaient parmi les peuples les plus belliqueux de Sumatra. Ils ont notamment pratiqués le cannibalisme rituel jusqu’en 1816 !

Nous, nous n’avons rencontré que de charmants et souriants locaux, au longs cheveux noirs ébènes, chantant et grattant leurs guitares à toute heure du jour et de la nuit. L’atmosphère est propice à la détente et à la contemplation de l’imperturbable lac, des temples protestants posés à flanc de collines (héritage de la colonisation néerlandaise) et des buffles d’eau en pâture dans les rizières. Nous ne sombrons pas totalement dans la léthargie puisque nous louons un scooter pour tenter de rejoindre le lac d’altitude, qui se trouve sur une île, qui se trouve elle même sur un lac, qui se trouve lui même sur une île… Vous êtes sur que vous suivez toujours ?

Les pâtisseries de la boulangerie allemande, le duo guacamole frais/chips maison (Sumatra est l’improbable paradis de la chips artisanale!) et les cours de yoga gratuits dispensés par un jeune russe en apprentissage ont raison de nous : nous ne parvenons, au prix d’un grand effort, à quitter Tuk Tuk qu’au bout de cinq jours…

La jungle nous attend ! Sur les pas d’Etienne et Charlotte, nous avons fait appel aux services du fameux Jhony Jungle pour partir à la découverte du Gunung Leuser National Park et de ses « hommes de la forêt »… Nos premiers pas dans cette écosystème exceptionnel, classé réserve de biosphère par l’Unesco, abritant quelques espèces endémiques tels que les tigres et rhinocéros de Sumatra, sont à la hauteur de nos attentes. Il fait chaud, très chaud ; humide, très humide ; le sol est glissant, très glissant… mais nous sommes subjugués !

Ici, l’expression « la loi de la jungle » prends tout son sens : la végétation règne en maitre, chaque plante échafaude sa stratégie pour capter quelques indispensables rayons de soleil et les nobles arbres centenaires sont les gardiens d’un sous-bois aux milles couleurs et odeurs. Les insectes atteignent des proportions insoupçonnées, des papillons multicolores virevoltent dans tous les sens et les sangsues tentent coûte que coûte d’atteindre un bout de peau. Non, nous ne vous épargnons pas le récit de l’épisode « LOL » de notre aventure : la sangsue collée au popotin de Gg après une courte pause technique…

Les sens aiguisés de Jhony nous mènent sur les traces des fameux hommes de la forêt, en malais : les orang-outans ! Et tout à coup… « Là! », « De l’orange! ». Dans ce patchwork de verts, le pelage de l’animal trahit sa présence. Le souffle court, sous l’emprise de l’adrénaline, nous nous précipitons pour ne pas manquer un seul instant de ses déplacements, lents mais vigoureux, d’une branche à une autre, comme un acrobate funambule en représentation au dessus de nos têtes. Loin de fuir, ce beau mâle, prends un malin plaisir à observer nos yeux écarquillés. Qui de nous deux est le plus curieux ?

La nuit au cœur de la jungle n’est pas aussi effrayante que ce que nous nous étions imaginé, et ce, malgré les récits angoissants bien rodés de Jhony, autour du feu de camp lors de la veillée. Notre campement est installé au bord d’un torrent dont les clapotis couvrent largement les sons de la vie nocturne. Au matin, toasts, pancakes et thé sont préparés avec brio au feu de bois par le porteur qui nous accompagne. Nous partons le ventre bien rempli pour une deuxième journée de trek, jusqu’à des sources chaudes naturelles bienvenues après la marche. Jhony témoigne avec ferveur de sa passion pour la jungle, enchaine les blagues et les anecdotes, sans manquer de nous sensibiliser aux enjeux qui attendent le parc naturel, notamment la déforestation sauvage et croissante que observons directement au détour d’un sentier. En fin de journée, alors que nous regagnons le village, une famille d’orangs-outans nous fait un magnifique cadeau de départ en se régalant de fruits murs au dessus de notre chemin. Le trajet retour à notre guesthouse sur le chargement d’un camion de banane achève de rendre mémorable cette aventure !

L’étape suivante est un peu mitigée: notre ascension du volcan Sibayak est perpétuellement repoussée pour cause de mauvais temps. Nous l’admirons tout de même de loin, profitons du joli marché de la ville moche de Berastagi et mettons le temps à profit pour rattraper notre retard de publication sur le blog.

Nous rejoignons alors la capitale de Sumatra, Medan, pour y retrouver l’amie globe trotteuse de Gg, Pauline, fraichement expatriée. Elle nous héberge gracieusement dans sa superbe résidence, nous concocte de bons mets français (oh le foie gras artisanal !) et nous relevons avec plaisir son défi : devenir « des outils pédagogiques vivants » à destination des étudiants indonésiens de l’alliance française, où elle travaille. Ayant rarement l’occasion de discuter avec des français, ils ont concoctés avec leurs professeurs des interviews sur mesure, plus ou moins complexes, selon leur maitrise de la langue. Les questions vont de notre pratique des jeux de billes, à notre opinion sur la peine de mort en Indonésie, en passant par notre préférence entre les escargots et le foie gras ! Les échanges sont enrichissants des deux côtés : nous sommes ravis.

Pour son anniversaire, Fg a le droit de choisir la destination de notre grand week-end. Nous partons donc avec Pauline pour un retour vers le du Lac Toba tant apprécié ! Dans le bateau un gentil couple canadien pousse la chansonnette en l’honneur des 29 ans d’Fg et la politesse jusqu’à lui offrir une bière thaïlandaise. Pour l’occasion, nous négocions une chambre dans le plus joli cottage de l’île (celui là même qui possède une pâtisserie allemande, voilà voilà…) et pendant deux jours nous profitons, au rythme batak, de la beauté du lac, des rayons du soleil, des baignades, de nos lectures et des discussions entre amis…

Malheureusement, ici aussi, lundi approche ! Le cœur lourd, nous laissons Pauline à son île sauvage, sur le parvis de l’alliance française. Un train ultra moderne, qui contraste étrangement avec le développement local, nous mène à l’aéroport. Finalement, Bangkok n’est plus très loin !

  8 comments for “Sumatra, la radicale !

  1. Linette
    18 février 2015 at 11:35

    Je crois que c’est l’étape qui me donne le plus envie :)
    ah, mais c’est bien la Pauline que je connais !
    Continuez à nous raconter tout ça, je lis avec plaisir.
    Plein de bisous !

    • Gg et Fg
      12 mars 2015 at 4:30

      Je suis sûre que tu adorerais! Ça reflète bien ton côté « wild » :)
      Gros bisous !

  2. Mamie Monique
    19 février 2015 at 7:36

    Coucou les petits
    Quel beau récit ….. j’avais l’impression de découvrir Sumatra avec vous ….. pas tout à fait, je n’étais plus là dans les vagues avec Etienne et Charlotte….elles étaient trop hautes !
    Vos photos sont superbes, FELICITATIONS !
    C’est un plaisir de vous suivre, merci pour tout ce que vous nous envoyez, je vous embrasse très fort
    Mamie

    • Gg et Fg
      12 mars 2015 at 4:32

      Merci Mamie ! Le prochain WE à la Baule, ce sera initiation surf avec toi… :)
      Nous t’embrassons fort.

  3. Etienne
    19 février 2015 at 8:25

    Trop envie d’y retourner. C’était juste parfait. A bientôt !

    • Gg et Fg
      12 mars 2015 at 4:32

      Mais tellement. Bisous à vous deux !!!

  4. Yann&Elo
    19 février 2015 at 9:18

    Pffff tout comme linette , on aimerait vivre avec vous cette immersion dans la jungle pour y découvrir ses secrets et ses habitants. Vous le racontez si bien ! A défaut nous irons voir l’expo les grands singes au muséum d’histoire naturelle.
    .. Et puis ce lac qui donne qu’une envie : se laisser vivre !

    Des bisous à tous les 2 !

    Nb : le départ approche … ;-)

    • Gg et Fg
      12 mars 2015 at 4:34

      Vous allez bientôt nous en mettre plein la vue niveau grands espaces, et vous aurez probablement l’air de grands singes tout couverts de fourrure pour affronter le froid canadien !!! Bons préparatifs pantoute.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *